Une cirrhose décompensée peut-elle s'améliorer ? Recompensation, guérison et ce qui peut changer le pronostic

par le Dr Jonas Witt
Docteur en médecine
28 août 2026
-
8 min
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TL;DR

  • Oui, la cirrhose décompensée peut s'améliorer chez certaines personnes. Une amélioration durable qui répond à des critères précis s'appelle la recomposition.
  • La décompensation, ce n'est pas la même chose que guérir une cirrhose. Ça demande de maîtriser la cause sous-jacente, de résoudre les principales complications à l'origine de la décompensation et d'obtenir une amélioration durable de la fonction hépatique.
  • Dans les entretiens menés par mama health auprès de patients italiens, une petite minorité de patients chez qui un sous-type de cirrhose avait été diagnostiqué vivait dans un état de compensation — ça donne juste un aperçu des personnes avec qui mama health a discuté, pas une estimation de la fréquence de la compensation dans la population générale.
  • Il semble essentiel de s'attaquer à la cause profonde. On peut citer, par exemple, l'abstinence alcoolique durable, la guérison de l'hépatite C, la maîtrise de l'hépatite B et la prise en charge des facteurs de risque métaboliques, le cas échéant.
  • Les patients décrivent cette amélioration comme une stabilité durement acquise: moins de rétention d'eau, les idées plus claires, plus d'autonomie et moins de crises. Par contre, les infections, les saignements, la déshydratation et d'autres complications peuvent toujours entraîner une aggravation de l'état de santé.

À propos des témoignages de patients présentés dans cet article : les résultats qualitatifs proviennent de patients italiens présentant un diagnostic confirmé de cirrhose, issus d'une série d'entretiens axés spécifiquement sur la décompensation et la guérison. Ces thèmes décrivent des schémas récurrents dans les témoignages des patients, et non la prévalence au sein de la population.

Est-ce que la cirrhose décompensée peut s'améliorer ?

Oui. Certaines personnes atteintes d'une cirrhose décompensée peuvent connaître une amélioration clinique durable, même si cette amélioration ne signifie pas que la cirrhose a été guérie.

Pendant de nombreuses années, on considérait la décompensation comme un processus essentiellement à sens unique. Cette conception a changé.

On sait désormais que certains patients peuvent voir leur état s'améliorer considérablement quand la cause sous-jacente de la lésion hépatique est éliminée ou maîtrisée. Les spécialistes parlent de « recomposition » quand cette amélioration répond à des critères cliniques bien définis.

mama healthLes entretiens menés auprès des patients reflètent cette possibilité : parmi les patients italiens chez qui un sous-type de cirrhose avait été diagnostiqué, une petite minorité a été classée comme « compensée ». Il ne faut pas en conclure que « la plupart des personnes atteintes d'une cirrhose décompensée finiront par se compenser ». Les taux varient considérablement d'une étude à l'autre, car ils dépendent de la cause de la cirrhose, de la gravité de la maladie, du traitement, de la durée du suivi et de la définition utilisée.

Ce qu'il faut surtout retenir, c'est que cette évolution n'est pas toujours à sens unique.

C'est quoi, une cirrhose compensée ?

On parle de cirrhose compensée lorsqu'une personne qui souffrait auparavant d'une cirrhose décompensée a connu une amélioration durable après que la cause sous-jacente de la maladie hépatique a été maîtrisée ou éliminée.

Le consensus de Baveno VII a défini des critères précis pour distinguer une véritable recomposition d'une amélioration temporaire des symptômes. En gros, la recomposition implique :

  • le contrôle, la prise en charge ou l'élimination de la cause sous-jacente de la maladie hépatique ;
  • disparition de l'ascite sans avoir besoin de prendre des diurétiques en continu pour traiter cette complication ;
  • la disparition de l'encéphalopathie hépatique sans qu'il soit nécessaire de poursuivre le traitement ;
  • pas de saignement variqueux récurrent depuis au moins 12 mois ; et
  • une amélioration durable de la fonction hépatique.

C'est un critère plus strict que le simple fait de se sentir mieux. Par exemple, si l'ascite disparaît alors qu'une personne a toujours besoin de diurétiques pour la contrôler, cette amélioration est significative, mais elle ne correspond pas forcément à la définition de la recompensation donnée par Baveno VII.

Est-ce que la « recomposition » revient à guérir d'une cirrhose ?

Non. La « recomposition » désigne une amélioration durable de l'évolution de la cirrhose ; ça ne veut pas dire que le foie est revenu à un état tout à fait normal.

On peut retrouver des forces, avoir moins de complications, avoir les idées plus claires ou ne plus avoir besoin de certains médicaments utilisés lors d'une décompensation antérieure. Par contre, le fait d'avoir déjà souffert d'une cirrhose reste un facteur important. L'hypertension portale peut persister, et les personnes dont la cirrhose est désormais compensée peuvent encore avoir besoin d'un suivi par un spécialiste et d'une surveillance du cancer du foie, selon leur situation personnelle.

Dans les conversations menées par « mama health », les patients décrivaient souvent leur amélioration non pas tant comme une « guérison », mais plutôt comme l'atteinte d'une nouvelle stabilité qu'ils voulaient préserver.

Qu'est-ce que les patients veulent dire quand ils disent qu'ils vont mieux ?

Les patients évaluent souvent leur amélioration en fonction de leurs capacités au quotidien plutôt qu'en se basant uniquement sur les résultats d'analyses. Trois signes d'amélioration sont revenus régulièrement.

Retrouver son autonomie: pouvoir marcher plus facilement, sortir de chez soi, accomplir ses tâches quotidiennes ou moins dépendre de son conjoint ou d’un enfant adulte. Pour quelqu’un qui avait auparavant besoin d’une aide importante à cause d’une faiblesse, d’un gonflement ou d’un état de confusion, même de petits progrès en matière d’autonomie peuvent sembler très importants.

Maintenir une meilleure stabilité du volume liquidien et du poids — l’ascite et les gonflements des jambes étaient des signes importants de détérioration de l’état de santé ; les patients associaient donc souvent une amélioration à un abdomen plus stable, à une diminution des épisodes de gonflements importants ou à un moindre recours aux interventions visant à évacuer le liquide.

Retrouver la clarté d'esprit — après une encéphalopathie hépatique, les patients et leurs proches accordaient souvent une grande attention à la mémoire, à la concentration, à la conversation et au sommeil. Retrouver ses facultés cognitives pouvait donner l'impression de retrouver un peu de sa vie d'avant.

Ces expériences ont de l'importance, même si elles ne correspondent pas encore à la définition officielle de la « recompensation ».

Qu'est-ce qui peut augmenter les chances d'amélioration d'une cirrhose décompensée ?

Le changement le plus important, c'est généralement de bien maîtriser la cause à l'origine des lésions hépatiques.

La récupération ne se résume pas simplement à contrôler l'ascite ou à prévenir un nouvel épisode d'encéphalopathie. Le foie a aussi besoin d'être soulagé du processus qui a causé ces lésions ou qui continue de les aggraver.

Selon la cause de la cirrhose, ça peut vouloir dire une abstinence alcoolique durable en cas de maladie hépatique liée à l’alcool, un traitement antiviral efficace contre l’hépatite C, une suppression virale à long terme en cas d’hépatite B chronique, ou la prise en charge des facteurs de risque métaboliques en cas de stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique.

Des études récentes portant sur plusieurs causes de cirrhose viennent étayer l'idée selon laquelle le fait d'éliminer ou de maîtriser le facteur sous-jacent peut permettre une recomposition.

À quel point ça peut changer les choses d'arrêter de boire ?

En cas de cirrhose d'origine alcoolique, une abstinence alcoolique durable peut considérablement modifier l'évolution de la maladie et joue un rôle essentiel dans la possibilité d'une recomposition.

C'était aussi le tournant le plus marquant que les patients ont décrit à mama health. Les patients ne voyaient pas la réduction de leur consommation d'alcool comme une mesure temporaire. Ils considéraient l'abstinence totale comme un changement permanent autour duquel il fallait construire leur rétablissement.

Les données cliniques confirment son importance. Une étude menée auprès de 204 personnes abstinentes atteintes d'une cirrhose alcoolique décompensée a révélé que 18,1 % d'entre elles avaient retrouvé une compensation selon les critères de Baveno VII au cours du suivi. Des recherches plus récentes ont continué à montrer qu'une compensation peut survenir après une abstinence prolongée en cas de cirrhose alcoolique.

Ces pourcentages ne permettent pas de prédire ce qui va arriver à un patient en particulier. En revanche, ils montrent pourquoi l'idée ancienne selon laquelle la décompensation est toujours irréversible n'est plus d'actualité.

Pour les patients, l'abstinence peut aussi avoir un coût émotionnel et social. Certains ont dit se sentir isolés après s'être éloignés des cercles sociaux où l'alcool occupait une place centrale. L'amélioration de la santé du foie et celle du bien-être émotionnel ne se font pas toujours au même rythme.

Est-ce que le traitement d'une hépatite virale peut entraîner une recomposition ?

Oui. Un traitement efficace de l'hépatite virale peut permettre à certains patients atteints d'une cirrhose auparavant décompensée de retrouver une cirrhose compensée.

La terminologie diffère entre l'hépatite C et l'hépatite B.

Hépatite C : Les traitements antiviraux modernes à action directe permettent de guérir l'hépatite C en obtenant une réponse virologique soutenue. Dans une étude prospective menée chez des personnes atteintes d’une cirrhose décompensée liée au VHC, 24,7 % ont répondu aux critères de recompensation de Baveno VII pendant le suivi après le traitement antiviral. Il est important de noter que tout le monde n’a pas connu de recompensation : certains patients ont vu leur état se décompenser davantage malgré un traitement anti-VHC réussi. Éliminer la cause peut donc offrir une chance de guérison, sans toutefois la garantir.

Hépatite B : L'hépatite B chronique est généralement maîtrisée, mais pas éradiquée, par les traitements antiviraux. Des études menées chez des personnes atteintes d'une cirrhose décompensée liée au VHB ont montré une amélioration clinique significative et une recomposition chez certains patients après un traitement antiviral puissant. Le pronostic individuel dépend toujours du stade d'avancement de la maladie hépatique et de la façon dont la personne réagit au fil du temps.

Est-ce qu'une cirrhose métabolique peut se résorber ?

De nouvelles données semblent indiquer que la recaptation peut également se produire chez certaines personnes atteintes d'une maladie hépatique métabolique décompensée.

Une étude de 2026 portant sur des patients atteints de MASLD ou de MetALD décompensées a fait état d'une recomposition selon l'échelle de Baveno VII chez 18,6 % des participants au cours du suivi. Parmi les facteurs associés à cette recomposition figuraient des améliorations métaboliques telles que la perte de poids et le contrôle glycémique, ainsi que l'abstinence alcoolique chez les patients qui consommaient de l'alcool.

C'est un domaine de recherche en pleine évolution. Ça confirme aussi un principe important : ce qui influe sur le pronostic dépend en partie de la cause initiale de la cirrhose.

À quel point est-ce important de prendre régulièrement ses médicaments contre la cirrhose ?

Une prise régulière des médicaments prescrits peut aider à maîtriser les complications, même si le simple fait de prendre des médicaments ne suffit pas à lui seul à définir la recomposition.

Dans les entretiens menés par mama health, les patients ont régulièrement établi un lien entre leurs périodes de stabilité et le respect de leur traitement : diurétiques pour l’ascite, bêtabloquants non sélectifs pour l’hypertension portale, lactulose pour l’encéphalopathie hépatique et rifaximine pour les épisodes récurrents. Ils associaient aussi souvent les oublis de prise à des rechutes.

Il faut interpréter cette expérience du patient avec prudence. Chaque médicament a un objectif différent, et ce n’est pas chaque dose oubliée qui va entraîner un épisode de décompensation. Les patients ne doivent pas modifier, sauter, reprendre ou changer leurs doses sans en parler d’abord à leur équipe soignante. Le traitement doit aussi être ajusté quand des effets secondaires apparaissent — par exemple, une diarrhée excessive due au lactulose peut contribuer à la déshydratation, tandis que les diurétiques peuvent affecter l’équilibre hydrique, la fonction rénale, le sodium et le potassium.

L'objectif, c'est donc pas juste de « prendre plus de médicaments ». C'est une prise en charge régulière, sous surveillance médicale, qui trouve le bon équilibre entre les bienfaits et la tolérance.

Est-ce qu'un régime alimentaire peut améliorer une cirrhose décompensée ?

L'alimentation peut contribuer à stabiliser la cirrhose, mais il n'existe pas de « régime de recomposition » unique, et les besoins alimentaires varient d'un patient à l'autre.

Les patients attribuent souvent à des changements alimentaires stricts le fait de se sentir plus stables, notamment à une réduction de leur apport en sodium pour lutter contre l'ascite et les œdèmes. Les recommandations cliniques préconisent une restriction en sodium dans le cadre de la prise en charge de l'ascite, même si des régimes trop restrictifs peuvent aussi rendre plus difficile l'apport suffisant en calories et en protéines.

Il y a une idée fausse qui mérite qu'on s'y attarde : chez les personnes atteintes d'encéphalopathie hépatique, on ne limite pas systématiquement l'apport en protéines. Les recommandations actuelles mettent l'accent sur un apport suffisant en protéines, car la malnutrition et la perte musculaire sont des problèmes majeurs en cas de cirrhose.

Les recommandations alimentaires individuelles peuvent varier en fonction de la présence d'ascite, de la fonction rénale, du taux de sodium, du diabète, de l'état nutritionnel, de la perte musculaire et d'autres facteurs. Pour plus de détails, consulte le guide de mama health sur le régime pauvre en sel en cas de cirrhose.

Est-ce que des interventions comme la paracentèse, la ligature ou le TIPS peuvent entraîner une recomposition ?

Les traitements permettent de maîtriser les complications graves, mais maîtriser une complication ne revient pas forcément à rétablir l'équilibre.

Les patients ont souvent décrit ces interventions comme des moments décisifs, même si chacune joue un rôle différent.

La paracentèse à grand débit permet d'évacuer le liquide ascitique lorsque l'accumulation dans l'abdomen devient difficile à contrôler, et peut apporter un soulagement important des symptômes. Par contre, le fait de devoir recourir à des paracentèses répétées indique généralement que l'ascite est toujours active et qu'elle n'est pas résolue.

La ligature des varices peut permettre de traiter ou de prévenir les saignements récurrents dus à des varices œsophagiennes chez les patients pour lesquels cette technique est indiquée. Il est important d'éviter de nouveaux saignements, mais pour parvenir à une recomposition, il faut aussi traiter la cause sous-jacente et améliorer la fonction hépatique.

La TIPS (dérivation portosystémique intra-hépatique transjugulaire) crée un canal qui réduit la pression dans le système veineux porte et peut limiter le recours à des paracentèses répétées de gros volume chez certains patients présentant une ascite qui ne répond pas suffisamment aux diurétiques. Elle peut aussi augmenter le risque d’encéphalopathie hépatique ; c’est pourquoi une équipe d’hépatologues évalue la fonction hépatique, les antécédents d’encéphalopathie, les fonctions cardiaque et rénale, ainsi que l’état de santé général avant d’envisager cette intervention.

Ces trois éléments peuvent jouer un rôle essentiel dans la prise en charge sans pour autant constituer la cause biologique qui explique pourquoi le foie se rétablit.

Est-ce que la greffe du foie, c'est la même chose que la compensation ?

Non. La greffe du foie et la réadaptation sont deux parcours fondamentalement différents.

La « récupération » signifie que le foie du patient reste en place et recommence à fonctionner plus efficacement une fois que la cause sous-jacente a été maîtrisée et que les complications antérieures se sont résolues. Une greffe consiste à remplacer le foie malade par celui d'un donneur.

Plusieurs greffés ont décrit leur greffe à l'mama health comme un véritable « nouveau départ » après des années d'incertitude et de complications à répétition — ce qui montre à quel point ce changement peut paraître radical du point de vue du patient.

Sur le plan clinique, la greffe du foie reste une option reconnue qui permet de sauver la vie de certaines personnes atteintes d'une maladie hépatique avancée, et la décompensation est une raison importante pour envisager une orientation vers une évaluation en vue d'une greffe. Le fait d'être orienté vers cette évaluation ne signifie pas que la greffe aura forcément lieu : l'évaluation des candidats tient compte de nombreux facteurs médicaux et psychosociaux.

Qu'est-ce qui peut provoquer une rechute quand on commence à aller mieux ?

Les infections, les hémorragies gastro-intestinales, la déshydratation, les déséquilibres électrolytiques, la constipation et d'autres situations de stress aigu peuvent déclencher de nouvelles complications chez les personnes atteintes de cirrhose — et la recomposition elle-même peut alors s'inverser.

L'infection était le contretemps le plus souvent mentionné par les patients, et les recommandations cliniques le confirment : l'infection est l'un des facteurs déclencheurs les plus fréquents de l'encéphalopathie hépatique et de la détérioration aiguë, au même titre que les hémorragies gastro-intestinales, la déshydratation, les troubles électrolytiques et la constipation. Les patients décrivaient souvent l'infection comme « le premier domino » : un événement qui aurait pu paraître banal auparavant, mais qui prend une importance bien plus grande après une décompensation hépatique.

La déshydratation mérite une attention particulière, car elle peut résulter des traitements mêmes censés aider. Les diurétiques peuvent être nécessaires pour gérer la rétention d'eau, mais une perte excessive de liquide peut entraîner une hypotension, des problèmes rénaux ou des déséquilibres électrolytiques. De même, le lactulose est important pour traiter l'encéphalopathie hépatique, mais une diarrhée excessive peut entraîner une déshydratation — l'AASLD souligne que la déshydratation due à une diarrhée liée au lactulose est spécifiquement associée à une encéphalopathie récidivante.

Les patients ont également associé les rechutes à des oublis de prise de médicaments, à des changements importants dans leur alimentation et à des périodes de stress intense. Ces liens signalés par les patients ne signifient pas que chaque oubli de prise ou chaque événement stressant provoque une décompensation — ils montrent simplement que les personnes qui ont déjà vécu une crise hépatique grave deviennent très attentives à tout ce qui, selon elles, pourrait déstabiliser leur état.

Il faut bien noter que la recomposition en elle-même ne constitue pas une protection permanente. Les recherches menées après la guérison du VHC le montrent clairement : dans de larges cohortes de patients atteints d'une cirrhose décompensée liée au VHC, certaines personnes ont retrouvé une compensation, tandis que d'autres ont connu une nouvelle décompensation malgré la guérison virale. Un symptôme passager, une infection ou un problème lié aux médicaments ne signifie pas automatiquement que la compensation a été « perdue » — l'état clinique doit être évalué en fonction du contexte, et les effets des médicaments doivent toujours être discutés avec l'équipe soignante plutôt que gérés de manière indépendante.

Comment l'aspect émotionnel du rétablissement évolue-t-il avec le temps ?

Les patients passent souvent de la peur à un optimisme prudent, mais l'incertitude disparaît rarement complètement — et les proches ainsi que les liens sociaux restent importants, même quand la santé physique s'améliore.

Au début de la décompensation, la peur prenait souvent le dessus : est-ce que l’œdème va revenir, est-ce que la confusion va réapparaître, est-ce qu’il y aura une nouvelle hémorragie, est-ce qu’une greffe sera nécessaire ? L’amélioration a changé la donne : les patients ont commencé à parler de marcher plus loin, de rester hors de l’hôpital, de penser clairement, de retrouver leurs habitudes et de devenir moins dépendants de leur famille. Mais peu d’entre eux ont exprimé une confiance totale. Les crises passées continuaient de faire partie de leur compréhension de leur état, dans un état d’esprit plus proche d ’une résilience prudente que d’une certitude.

Les aidants — souvent le conjoint ou un enfant adulte — ont joué un rôle important tout au long de ce processus : ils ont aidé à gérer les médicaments, organisé les déplacements et les rendez-vous, repéré les signes de confusion et apporté un soutien émotionnel après l'hospitalisation. Même une fois l'autonomie physique retrouvée, le sentiment d'être accompagné pouvait rester important, et les patients ont maintes fois souligné l'importance d'avoir une équipe d'hépatologie en qui ils avaient confiance et qu'ils pouvaient joindre facilement.

L'amélioration physique n'élimine pas non plus automatiquement les effets sociaux et émotionnels d'une cirrhose décompensée. Certains patients ont continué à parler d'anxiété même lorsque leur état était plus stable, et l'isolement social est apparu comme un sujet particulièrement important chez les personnes qui avaient arrêté de boire de l'alcool : les cercles d'amis, les restaurants, les fêtes et les habitudes devaient parfois changer en même temps que l'abstinence. La frustration liée au manque de fluidité dans la transmission des infos entre les hépatologues, les médecins généralistes, les services d'urgence et d'autres services était un autre thème récurrent.

Un patient peut donc être plus stable sur le plan médical tout en ayant encore besoin d'un soutien émotionnel et pratique important.

Quelles questions les patients peuvent-ils aborder avec leur équipe d'hépatologie au sujet de la recomensation ?

Les patients peuvent poser des questions précises pour savoir si leur état s'améliore et ce que l'équipe médicale entend par « stable » ou « rééquilibré ».

Voici quelques questions qui pourraient t'être utiles :

  • Qu'est-ce qui a provoqué ma cirrhose, et est-ce que cette cause est désormais maîtrisée ?
  • Quels sont les signes qui montrent que ma fonction hépatique s'améliore ?
  • Est-ce que mes complications passées sont aujourd'hui maîtrisées ou résolues ?
  • Qu'est-ce que ça veut dire, « indemnisation », dans mon cas précis ?
  • Est-ce que j'ai encore besoin de médicaments pour l'ascite ou l'encéphalopathie hépatique que j'ai eues auparavant ?
  • Si mon état reste stable, quel suivi faut-il encore prévoir ?
  • Quels changements dois-je signaler à l'équipe soignante ?
  • Comment on surveille ma fonction rénale et mes électrolytes ?
  • Est-ce que l'évaluation en vue d'une greffe reste d'actualité si mon état s'améliore ?
  • Qui dois-je contacter si je me sens désorienté, si j'ai des gonflements ou si je me sens soudainement mal ?

Ces questions ont pour but de faciliter les échanges avec les professionnels de santé, et non de prendre des décisions thérapeutiques de manière indépendante.

Quand une personne atteinte d'une cirrhose doit-elle consulter d'urgence ?

Une confusion soudaine, des vomissements de sang, des selles noires ou sanglantes, une aggravation importante des symptômes abdominaux ou toute autre détérioration rapide peuvent nécessiter une consultation médicale d'urgence.

Les personnes atteintes d'une cirrhose décompensée peuvent voir leur état s'aggraver sérieusement en cas d'hémorragie, d'infection, d'encéphalopathie hépatique, d'insuffisance rénale ou d'autres complications. Les patients doivent suivre les conseils d'urgence donnés par leur équipe soignante et consulter d'urgence un professionnel de santé s'ils soupçonnent une complication grave.

Alors, est-ce qu'une cirrhose décompensée peut vraiment s'améliorer ?

Oui. Une cirrhose décompensée peut s'améliorer, et certains patients peuvent parvenir à une véritable recomposition — mais ça dépend beaucoup de la cause sous-jacente, de la gravité de la maladie, de la réponse au traitement et de la résolution durable des complications.

Pour les patients du livre « Conversations italiennes » d’ mama health qui ont atteint la phase de récompensation, la décompensation n’était pas forcément la seule issue possible. Leurs expériences montrent aussi pourquoi « aller mieux » n’est peut-être pas la bonne expression. Les patients décrivent quelque chose de plus précis : les fluides deviennent gérables, la pensée s’éclaircit, les forces reviennent, les visites à l’hôpital se font plus rares, l’autonomie s’élargit petit à petit.

Le terme scientifique, c'est peut-être « recomposition ». L'expérience vécue, elle, s'apparente davantage à une stabilité durement acquise — et au fait d'apprendre à vivre avec la possibilité d'un changement dans un sens comme dans l'autre.

Avertissement : ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un dispositif médical. mama health propose des informations et un accompagnement, mais ne remplace pas un médecin.

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Sources d'information
  1. Reiberger T, et al. Le concept de « recomposition de la cirrhose » selon Baveno VII. Digestive and Liver Disease. 2023.
  2. Hofer BS, et al. La recompensation hépatique selon les critères de Baveno VII est associée à un gain significatif en termes de survie chez les patients atteints de cirrhose alcoolique décompensée. Liver International. 2023.
  3. Incidence et conséquences de la recomposition induite par l'abstinence dans la cirrhose d'origine alcoolique. Journal of Hepatology. 2026.
  4. Régression d'une cirrhose décompensée liée à une hépatite C chronique après un traitement antiviral à action directe. Clinical Gastroenterology and Hepatology. 2024.
  5. Facteurs déterminants de la recomposition chez les patients atteints d’une cirrhose décompensée liée au virus de l’hépatite B qui commencent un traitement antiviral. Journal of Gastroenterology and Hepatology.
  6. Premkumar M, et al. Recompensation d'une cirrhose décompensée dans un éventail de maladies hépatiques stéatosiques liées à un dysfonctionnement métabolique. Hepatology. 2026.
  7. Association américaine pour l'étude des maladies du foie. Prise en charge ambulatoire de la cirrhose.
  8. Association américaine pour l'étude des maladies du foie. Décrypter l'encéphalopathie hépatique.
  9. Association européenne pour l'étude du foie. Recommandations de pratique clinique sur la transplantation hépatique. 2024.