Narcolepsie et grossesse : ce dont il faut parler avec ton médecin avant et pendant la grossesse

Points à retenir
- Renseigne-toi sur les médicaments contre la narcolepsie avant d'essayer de tomber enceinte. Plusieurs médicaments couramment utilisés pour traiter la narcolepsie ne sont pas recommandés pendant la grossesse ou ne disposent que de données limitées sur leur innocuité pendant la grossesse.
- N’arrête pas ton traitement de ton propre chef après un test de grossesse positif. Les décisions concernant le traitement doivent tenir compte à la fois de l’exposition du fœtus et des conséquences sur la sécurité liées à une aggravation de la somnolence ou de la cataplexie.
- La narcolepsie ne s'aggrave pas forcément pendant la grossesse. Certaines données, bien que limitées, suggèrent que la cataplexie pourrait même s'atténuer chez certaines personnes, mais les réactions varient d'une personne à l'autre.
- Pense à la sécurité autant qu’au contrôle des symptômes. Conduire, travailler, éviter les chutes, cuisiner et, plus tard, t'occuper d’un nouveau-né peuvent devenir plus difficiles si les changements de traitement augmentent la somnolence.
- Parle de l'allaitement avant l'accouchement. Les recommandations varient considérablement d'un médicament contre la narcolepsie à l'autre, et certains ne sont pas compatibles avec l'allaitement.
Les femmes atteintes de narcolepsie peuvent tomber enceintes et mener une grossesse sans problème, mais ça demande de s'organiser à l'avance pour gérer les médicaments, la somnolence diurne, la cataplexie, la sécurité et les soins après la naissance. Les données spécifiques à la narcolepsie pendant la grossesse restent limitées ; il faut donc, au moment de prendre des décisions sur le traitement, tenir compte à la fois des risques potentiels liés aux médicaments et des conséquences d'une mauvaise maîtrise des symptômes.\[1,2\]
Le moment le plus propice pour aborder ce sujet, c'est avant d'essayer de concevoir, si possible.
De quoi faut-il parler avant d'essayer de tomber enceinte ?
Lors d'une consultation prénatale, il faut passer en revue tous les médicaments contre la narcolepsie, la gravité des symptômes, la contraception, les précautions quotidiennes à prendre et la manière dont les symptômes pourraient être gérés en cas de changement de traitement.
Dans l'idéal, cette discussion doit impliquer le médecin qui prend en charge la narcolepsie et le professionnel de santé chargé du suivi de la grossesse.
Les recommandations européennes sur la narcolepsie conseillent de revoir le traitement avant une grossesse prévue et, si possible, d'arrêter les médicaments contre la narcolepsie à l'avance, car on dispose de peu de données sur leur innocuité pendant la grossesse. Ces mêmes recommandations reconnaissent que l'arrêt du traitement peut considérablement aggraver la gestion des symptômes et préconisent de prendre des décisions au cas par cas quand un arrêt complet n'est pas envisageable.\[1\]
Cet équilibre est important. Pour quelqu’un dont la somnolence diurne est relativement gérable, réduire la prise de médicaments peut avoir des conséquences différentes de celles qu’on observerait chez une personne souffrant de crises de sommeil incontrôlables, de cataplexie fréquente ou de problèmes de sécurité en l’absence de traitement.
Un bilan thérapeutique ne devrait donc pas seulement se limiter à la question « Est-ce que ce médicament est sans danger pendant la grossesse ? ». Il faudrait aussi se demander : « Quelles seraient les conséquences sur ma sécurité au quotidien et mon fonctionnement si on changeait de traitement ? »
Quels médicaments contre la narcolepsie nécessitent une attention particulière pendant la grossesse ?
Chaque médicament contre la narcolepsie doit être évalué au cas par cas, car les recommandations concernant la grossesse et les données disponibles varient d'un médicament à l'autre.
En ce qui concerne le modafinil, les autorités de réglementation européennes continuent de déconseiller son utilisation systématique pendant la grossesse en raison des risques potentiels pour le fœtus. En 2025, le Comité d’évaluation des risques de pharmacovigilance de l’EMA a examiné de nouvelles données sur la grossesse et a maintenu la recommandation existante contre l’utilisation pendant la grossesse, tout en continuant à considérer la tératogénicité comme un risque potentiel important.\[3\] Le modafinil peut aussi réduire l’efficacité de la contraception hormonale, ce qui fait de la contraception un sujet à aborder avant la conception.\[3\]
Pour le pitolisant, la notice européenne actuelle indique que les données sur la grossesse sont limitées et qu'il ne doit pas être utilisé pendant la grossesse, sauf si les bénéfices potentiels l'emportent sur les risques potentiels pour le fœtus. Le pitolisant peut aussi réduire l'efficacité des contraceptifs hormonaux ; la notice recommande d'utiliser une contraception efficace pendant le traitement et pendant au moins 21 jours après l'arrêt du traitement.\[4\]
En ce qui concerne le solriamfétol, la notice européenne précise qu'il ne doit pas être utilisé pendant la grossesse ni chez les femmes susceptibles de tomber enceintes et qui n'utilisent pas de contraception efficace.\[5\]
En ce qui concerne l'oxybate de sodium, les informations européennes actuelles sur le produit indiquent que les données disponibles concernant la grossesse chez l'humaine sont limitées et que son utilisation n'est pas recommandée pendant la grossesse.\[6\]
D'autres médicaments parfois utilisés pour traiter la narcolepsie, comme le méthylphénidate et certains antidépresseurs, présentent des profils de données scientifiques différents. Par exemple, le service allemand Embryotox souligne que le méthylphénidate dispose de bien plus de données sur l'exposition pendant la grossesse que de nombreux médicaments spécifiques à la narcolepsie, même si les risques éventuels doivent quand même être évalués au cas par cas.
C'est à cause de ces différences qu'il n'y a pas de consigne universelle sans risque, du genre « arrête tout de suite tous tes médicaments ».
Et si tu tombais enceinte alors que tu prends des médicaments contre la narcolepsie ?
Contacte sans tarder le médecin qui suit ton traitement, mais ne modifie pas brusquement ton traitement sans avis médical.
Une grossesse non planifiée peut être source de stress, surtout après avoir lu les mises en garde figurant dans la notice d'un médicament. Le fait d'avoir pris un médicament ne signifie pas forcément que la grossesse a été compromise.
Le service allemand Embryotox met particulièrement en garde contre le fait de prendre des décisions de son côté concernant les médicaments ou la grossesse en se basant uniquement sur les informations écrites relatives aux risques liés aux médicaments. Il recommande une évaluation personnalisée qui tienne compte de la pathologie à traiter, du médicament, du moment de l'exposition, des alternatives possibles et de la santé de la mère.
Si un médicament a été pris avant de savoir qu'on était enceinte, un médecin peut vérifier le nom exact du médicament, la dose et le moment de la prise, et voir s'il faut mettre en place un suivi supplémentaire de la grossesse.
Est-ce que la narcolepsie s'aggrave pendant la grossesse ?
Les symptômes de la narcolepsie ne suivent pas un schéma prévisible pendant la grossesse.
Les données sont limitées, car la narcolepsie est rare et les études prospectives sur la grossesse sont peu nombreuses. Des experts européens indiquent que les symptômes de la narcolepsie de type 1, en particulier la cataplexie, peuvent s'atténuer pendant la grossesse chez de nombreuses patientes, mais ils soulignent que cette observation repose principalement sur l'expérience clinique et sur des données rétrospectives limitées.\[1\]
Ça ne garantit pas pour autant une amélioration. Les changements de traitement, les perturbations du sommeil nocturne, la fatigue liée à la grossesse, les nausées, les gênes physiques et les changements dans les habitudes quotidiennes peuvent tous avoir un impact sur la façon dont tu perçois ta somnolence diurne. Si tu te sens nettement plus somnolente après un changement de traitement, n’hésite pas à en parler à ton spécialiste du sommeil, plutôt que de supposer qu’une aggravation importante fait simplement partie de la grossesse.
La narcolepsie augmente-t-elle les risques liés à la grossesse ?
Certaines études ont mis en évidence des taux plus élevés de certains problèmes de santé maternelle dans les grossesses chez les femmes atteintes de narcolepsie, mais les données disponibles ne montrent pas que toutes les personnes atteintes de narcolepsie vont forcément avoir des complications.
Une étude rétrospective européenne portant sur plus de 300 grossesses chez des femmes présentant des symptômes de narcolepsie pendant leur grossesse a révélé que l'âge gestationnel moyen et le poids à la naissance des nouveau-nés étaient globalement normaux. Elle a également mis en évidence un IMC plus élevé, une prise de poids plus importante pendant la grossesse et des troubles du métabolisme du glucose plus marqués chez certaines femmes atteintes de narcolepsie et de cataplexie.\[7\]
Une étude américaine ultérieure, basée sur une base de données, a mis en évidence des liens entre la narcolepsie et certaines pathologies, notamment l'obésité, l'hypertension artérielle préexistante, le diabète et, dans une partie de l'échantillon, l'hypertension gestationnelle. Comme il s'agissait d'une étude observationnelle basée sur des données administratives, elle ne permet pas de prouver que la narcolepsie elle-même soit à l'origine de ces pathologies.\[8\]
En pratique, ça ne veut pas dire qu'une grossesse chez une personne atteinte de narcolepsie est automatiquement à haut risque. Ça veut dire que l'équipe de suivi de la grossesse doit être au courant de la narcolepsie et des antécédents médicaux généraux de la personne pour pouvoir envisager un suivi de routine ou des contrôles supplémentaires adaptés.
Est-ce que la cataplexie peut se manifester pendant le travail ?
Des cas de cataplexie pendant le travail ont été signalés, mais les données disponibles indiquent que c'est rare.
L'accouchement implique un effort physique, de la douleur, du stress, de l'excitation et d'autres émotions fortes ; il est donc tout à fait compréhensible que les personnes souffrant de cataplexie fréquente s'inquiètent de la survenue d'un épisode pendant l'accouchement. Dans une vaste étude rétrospective européenne, seuls trois cas de cataplexie pendant l'accouchement ont été signalés. Les césariennes étaient plus fréquentes chez les femmes atteintes de narcolepsie et de cataplexie, même si la cataplexie pendant le travail lui-même était rare.\[7\]
La narcolepsie ne détermine donc pas automatiquement la manière dont une femme doit accoucher. Une personne souffrant de cataplexie active peut discuter de ses facteurs déclenchants habituels et de la gravité de ses symptômes avec son spécialiste du sommeil et son équipe de maternité avant l'accouchement, pour que l'équipe comprenne bien sa pathologie.
Comment faut-il s'organiser pour assurer la sécurité si la somnolence s'accentue ?
Tout changement de traitement qui augmente la somnolence diurne devrait donner lieu à une discussion concrète sur la sécurité à la maison, au boulot et en déplacement.
Ça peut être particulièrement important pendant la période entre l'arrêt ou le changement de traitement et la mise en place d'une routine adaptée à la grossesse. La conduite mérite une attention particulière : si tu n'arrives plus à rester éveillé de manière fiable, ce que tu pensais savoir sur ta capacité à conduire n'est peut-être plus valable. Des considérations similaires peuvent s'appliquer à la cuisine, à la toilette, à monter les escaliers, au travail avec des machines ou à d'autres activités où t'endormir soudainement ou souffrir de cataplexie pourrait entraîner des blessures.
Des siestes planifiées et des horaires de sommeil réguliers peuvent apporter une structure utile. Les recommandations européennes sur la narcolepsie préconisent les siestes planifiées pendant la journée comme stratégie non médicamenteuse, mais les siestes ne remplacent pas une évaluation personnalisée de la sécurité ni des soins médicaux adaptés.\[1\]
Que faut-il prévoir pour après la naissance du bébé ?
La préparation à la période post-partum doit tenir compte des réveils nocturnes, de la somnolence intense, de la cataplexie, de la reprise du traitement médicamenteux et de la possibilité qu'un autre adulte puisse aider à s'occuper du bébé.
C'est un aspect qu'on a tendance à oublier pendant la grossesse. S'occuper d'un nouveau-né, c'est se lever plusieurs fois la nuit, avoir des nuits entrecoupées, le nourrir, le porter et parfois rester éveillé à des heures imprévisibles. Ces exigences peuvent être difficiles à gérer pour n'importe qui, et elles peuvent s'avérer particulièrement éprouvantes quand la narcolepsie perturbe déjà le rythme veille-sommeil. Une étude européenne sur la grossesse a montré que les symptômes de la narcolepsie rendaient les soins au nouveau-né plus difficiles pour beaucoup de participantes.\[7\]
Les recommandations européennes sur la narcolepsie soulignent aussi l'importance de la sécurité du nourrisson pendant la nuit quand on recommence à lui donner de l'oxybate de sodium. Elles conseillent de voir si un partenaire ou un membre de la famille peut surveiller le nourrisson de manière fiable la nuit, car ce médicament provoque un sommeil profond.\[1\]
Prévoir un accompagnement concret avant l'accouchement peut donc être tout aussi important que de prévoir les médicaments.
Peut-on allaiter tout en prenant des médicaments contre la narcolepsie ?
Les décisions concernant l'allaitement dépendent du médicament en question, car son passage dans le lait maternel et les recommandations varient considérablement.
Selon les notices européennes actuelles, le pitolisant est contre-indiqué pendant l’allaitement.\[4\] Pour l’oxybate de sodium, la notice précise que le médicament et/ou ses métabolites passent dans le lait maternel et qu’il ne doit pas être utilisé pendant l’allaitement.\[6\] Quant au solriamfétol, la notice européenne confirme qu’il passe dans le lait maternel et conseille de décider avec un médecin s’il vaut mieux éviter l’allaitement ou éviter le médicament, en fonction des avantages de chaque option.\[5\]
Les données concernant les autres médicaments varient. Ça veut dire qu’il faudrait, dans l’idéal, discuter d’un plan d’allaitement avant la naissance, surtout si le traitement doit être repris rapidement parce que la somnolence diurne ou la cataplexie deviennent difficiles à gérer.
Quelles questions vaut-il mieux poser lors d'un rendez-vous de préparation à la grossesse ou de suivi de grossesse ?
Ce qui est le plus utile, c'est de faire le lien entre les risques liés aux médicaments et les conséquences concrètes de la narcolepsie au quotidien.
Parmi les questions à aborder, on peut se demander s’il faut changer de traitement avant la conception, combien de temps il faut continuer à utiliser un moyen de contraception après un changement de traitement, quel sera le plan si la somnolence ou la cataplexie s’aggrave, s’il faut repenser la conduite ou le travail, si l’équipe obstétricale a besoin d’informations supplémentaires sur la cataplexie, et comment se passeront le traitement et l’allaitement juste après l’accouchement. Ça peut aussi être utile de discuter de qui apportera un soutien pratique pendant les premières semaines après la naissance si une somnolence sévère rend les soins nocturnes du bébé difficiles.
Pour les personnes en Allemagne qui ont besoin d'informations détaillées sur un médicament en particulier, Embryotox, à la Charité – Universitätsmedizin Berlin, propose des informations fondées sur des données scientifiques et des conseils personnalisés concernant l'exposition aux médicaments pendant la grossesse.
Le message principal est simple : planifier une grossesse quand on souffre de narcolepsie, ça ne se résume pas seulement à réduire l'exposition aux médicaments. Il s'agit de trouver le meilleur équilibre possible, tant pour la maman que pour le bébé.
Avertissement : ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un dispositif médical. mama health propose des informations et un accompagnement, mais ne remplace pas un médecin.
Ce contenu est à titre informatif et ne constitue pas un dispositif médical.
mama health propose des informations et un accompagnement, mais ne remplace pas un médecin.
- Bassetti CLA, Kallweit U, Vignatelli L, et al. Recommandations européennes et avis d'experts sur la prise en charge de la narcolepsie chez les adultes et les enfants. European Journal of Neurology. 2021.
- Embryotox, Charité – Universitätsmedizin Berlin. Conseils généraux sur la prise de médicaments pendant la grossesse et évaluation individuelle du rapport risques-bénéfices.
- Agence européenne des médicaments. Recommandations sur la sécurité du modafinil pendant la grossesse et examen du PRAC. 2019 ; évaluation mise à jour en 2025.
- Agence européenne des médicaments . Fiche d'information sur le médicament Wakix (pitolisant). Mise à jour en août 2026.
- Agence européenne des médicaments . Fiche d'information sur le produit Sunosi (solriamfétol). Mise à jour en mai 2026.
- Agence européenne des médicaments . Notice du Xyrem (oxybate de sodium). Mise à jour en mai 2025.
- Maurovich-Horvat E, et al. Narcolepsie et grossesse : une étude rétrospective européenne portant sur 249 grossesses. Journal of Sleep Research. 2013.
- Wilson S, et al. Le lien entre la narcolepsie pendant la grossesse et les facteurs de risque et les issues materno-fœtales. 2022.
